Formation spirituelle du 6 mars 2016

Ce dimanche 6 mars 2016, nous étions 117 inscrits à la journée de formation spirituelle. Le Père Régis-Marie de la Teyssonnière, prêtre diocésain de Tarbes et Lourdes et chapelain à Lourdes au service des pèlerins, nous a permis de réfléchir sur la grâce de Lourdes.

L’Eglise est avant tout institutionnelle, puis charismatique. Ces deux axes ont été les pivots de la réflexion, très riche. En voici quelques bribes :

« Jésus a pris l’initiative de fonder l’Église, sur les 12 apôtres. Les successeurs des apôtres, les évêques, bénéficient de ce charisme. Jésus a confié aux Douze le dépôt de la révélation. Il leur a confié le trésor de la foi, ce don que le Seigneur nous donne au moment du baptême. La foi comme le cordon ombilical qui relie l’enfant à naître à sa mère. Les apôtres ont reçu la mission d’annoncer la Bonne Nouvelle : annoncer l’amour et vivre de l’amour. Marie est la première éternelle incluse dans l’échange d’amour du Père et du Fils. Nous avons été baptisés dans la mort du Christ pour avoir part à sa résurrection. Nous recevons tout cela par l’Église institutionnelle, par les successeurs des apôtres, par les prêtres.

L’Église est en même temps charismatique. Un charisme est une grâce que le Seigneur donne à une personne pour le bien de la multitude. Le cœur de l’homme est souvent endurci. Le charisme des uns secoue le cœur des autres. Ex. St François d’Assise. Le pape Urbain III a reconnu le charisme de François et lui a ainsi permis de libérer ce charisme pour toute l’Église. Ce charisme est pour toute l’Église à travers les communautés franciscaines. Le pape François, lui-même, est un bon exemple. Né à Buenos Aires, il a bénéficié de cette Église diocésaine, puis il a été formé par les jésuites et devenu pape, il a choisi sous l’inspiration de l’Esprit Saint, le nom de François, marquant ainsi son pontificat de la spiritualité de St François.

Autre personne ayant un charisme, Bernadette. Lourdes, ce n’est pas seulement la Vierge Marie, la foule des pèlerins, les évènements, la présence des hospitaliers, un lieu de guérison. Le plus important de Lourdes, c’est la grâce, le charisme transmis par le Bon Dieu, par la Vierge Marie, à la petite Bernadette. Nous ne pouvons en bénéficier que dans la lumière de l’Église institutionnelle.

Baptisés, vous avez reçu dans l’Église de Luçon, la foi chrétienne. Vous êtes enseignés, nourris. Cela vous suffit pour entrer au ciel. Vous êtes liés à Lourdes ; par votre engagement comme hospitalier, vous avez part à cette grâce de Lourdes. Pèlerins et hospitaliers, vous recevez cette grâce pour vous et pour le service des malades. »

Ensuite, le Père de la Teyssonnière nous a rappelé le récit de la première apparition de la Vierge Marie à Bernadette, en concluant ainsi :

« Bernadette a vu la sainte Vierge à 18 reprises. Mais le plus important est que Bernadette a reçu le signe de la croix. 1er fruit, la prière. Ensuite le témoignage (Bernadette à Toinette), puis le service (le bois à ramasser et à porter), à nouveau le témoignage (auprès de sa famille), enfin la prière (familiale). Inclusion, le service est intimement lié au mystère de la croix, lié à la prière et au témoignage.

Prière, service, témoignage, trois mots-clés.

Bernadette a été accompagnée (elle n’est jamais venue seule à la grotte) et elle a été accueillie. Elle répond à un appel mystérieux que le Seigneur a mis au fond de son cœur.

Bernadette a mis en pratique ce qu’elle a reçu lors des apparitions. Elle va vivre tout cela en se laissant enseigner par l’Église et en vivant la vie sacramentelle.

Elle va se confesser la 1ère fois entre la 1ère et la 2ème apparition. La spiritualité de Bernadette se résume en deux mots : le second mouvement. Attitude clé : tout recommencer deux fois.

Le signe de la croix : à la 1ère apparition, à la 2ème

« Je suis l’Immaculée Conception ». « Je suis » à la manière de Dieu dans l’Exode quand Il se présente à Moïse, à la manière de Jésus. Marie, comblée de grâce, comblée de l’Esprit Saint. »

Il y eu ensuite un petit temps d’échanges entre nous, suivi de questions-réponse avec notre prédicateur.

Les sources du père de la TEYSSONNIÈRE : les livres du père LAURENTIN, Documents authentiques (7 volumes), Histoire authentique des apparitions (6 volumes), Logia de Bernadette (3 volumes, également de Sr Marie-Thérèse BOURGEADE) ; les Annales de Lourdes ; les Écrits de Bernadette (présentés par le père RAVIER).

Le rapport avec le jubilé de la miséricorde – faire miséricorde à quelqu’un c’est lui donner la possibilité d’entrer dans une relation de réciprocité quelle que soit la situation. Marie fait tout pour faire entrer Bernadette dans une relation de réciprocité. La miséricorde, c’est mettre de l’amour là où il y a de la misère. C’est ce qu’a fait la Vierge de Lourdes par rapport à Bernadette. Le 16 juillet 1858, Bernadette est l’autre côté du Gave : « Marie était plus belle que jamais. » « Un jour, nous verrons Jésus tel qu’il est car nous lui serons devenus semblables. » Bernadette n’est pas entièrement semblable à la Vierge Marie, ce 16 juillet, mais elle est déjà bien avancée sur ce chemin de ressemblance à la Vierge Immaculée.

Le charisme ne sert-il à rien s’il n’est pas reconnu par l’Église institutionnelle ? – Le charisme est donné dans le cadre de l’Église et c’est l’évêque du lieu qui reconnaît le charisme. Il y a des multitudes de personnes qui n’ont pas rencontré le Christ, elles ne sont pas sur ce registre. Le charisme est à l’intérieur de l’Église. On ne peut pas opposer le charisme à l’institution de l’Église. Une illustration : Bernadette au moment de sa mort se place sous la houlette du pape en demandant à ce qu’on relise la bénédiction qu’il lui avait envoyée précédemment.

Quelle différence entre le message de Lourdes et celui de Fatima, et l’ensemble des autres lieux marials ? De la même façon que Jésus est venu par Marie, de la même façon, il reviendra par sa Mère. Il existe trois catégories d’apparitions : des apparitions personnelles qui changent la vie de la personne, des apparitions liées au temps, à l’époque, des apparitions pour toutes les époques, toutes les nations… Pourquoi ? Parce que le message de Lourdes, c’est l’Évangile. La grâce de Lourdes c’est uniquement l’Évangile.

La pédophilie dans l’Église : comment en sortir ? Qu’est-ce que l’Église doit faire ? – nos contemporains connaissent l’Église par les médias, or celles-ci nous sont pour la plupart hostiles. Donc attention à ne pas nous tenir informés seulement par ces moyens.

Le charisme de Bernadette ? – Jésus dans l’Évangile dit à Philippe : « tu me demandes de voir le Père, mais le Père et moi sommes un. » Marie est transparente au Christ, ainsi Bernadette a vu le Christ. Pas un moment de la rencontre entre Marie et Bernadette où le Christ est absent. Cela n’est possible que par le mystère pascal.

L’eau et le sang qui coulent du côté transpercé du Christ ? – Nous sommes baptisés dans l’eau qui sort du côté du Christ et nous sommes abreuvés de son sang. On ne peut comprendre la miséricorde de Dieu qu’en devenant nous-mêmes participants. C’est dans la mesure où vous serez miséricordieux qu’il vous sera fait miséricorde.

L’après-midi, la réflexion s’est prolongée ainsi :

« Il est né, il est mort, il est ressuscité. Mystères joyeux, mystères douloureux et mystères glorieux.

Le signe de la croix a introduit Bernadette dans le mystère pascal. Marie a rendu présent Jésus dans sa relation à Bernadette. Par ce signe de la croix, Jésus a toujours été présent dans cette relation.

Bernadette a été infiniment attachée à ce signe. À une religieuse qui lui demande « Que dois-je faire pour entrer dans la vie éternelle ? », la réponse de Bernadette fut « Bien faire le signe de la croix, c’est déjà beaucoup. » Bernadette faisait ce signe lentement et grandement. Toutes les personnes qui l’ont vu faire ce signe, en ont été bouleversées jusqu’aux larmes. Signe de la croix qui est vraiment le signe de l’amour.

Bernadette a reçu un autre signe, le signe de l’Immaculée Conception. Quand Bernadette a demandé son nom à la dame, elle lui a répondu « Je suis l’Immaculée Conception ». Pour Bernadette, ce fut l’expérience de l’ivresse du bonheur. M. le curé a été tellement choqué, bouleversé qu’il a aussitôt mis Bernadette à la porte, parce qu’il est tombé à genoux, en larmes. Il avait compris. De même, l’évêque de Tarbes a mis longtemps à rencontrer Bernadette. Quand elle est venue à lui, de l’entendre donner le nom de la dame, lui aussi en a été bouleversé.

Un troisième signe peut être raccroché au signe de la croix, c’est le corps intact de Bernadette. Un signe donné, pour elle qui a vu l’Immaculée qui dans son corps a porté le Fils de Dieu.

Tout ce que la dame a transmis à Bernadette, est le Mystère Pascal. Marie est préservée de tout péché en raison de son lien à la croix du Christ. Elle est la première rachetée. »

Le propos s’est ensuite attaché aux points suivants :

« Quelques mots comme autant d’explicitations ou comme autant de points sur lesquels nous pouvons nous exercer, nous entraîner, comme le sportif.

L’attraction : Bernadette a été attirée. Accusée par M. le curé d’attirer tout le monde à la grotte. Bernadette « Je ne sais ni comment, ni pourquoi, mais je suis attirée par une force à laquelle je ne peux résister. » L’évangéliste Jean rapporte la parole de Jésus : « Quand je serai élevé de terre, j’attirerai à moi toute l’humanité. Il parlait de sa mort. »

L’accompagnement. Bernadette n’est jamais, jamais, jamais venue seule à la grotte. Avant de quitter Lourdes, elle a été pendant 6 ans pensionnaire des sœurs de la Charité de Nevers. Elle est toujours venue avec d’autres à la grotte. Toute la bible est l’histoire d’un long accompagnement. L’accompagnement, c’est de s’accompagner les uns les autres. C’est toujours par les autres que le Seigneur veut nous combler.

L’accueil, le complément de l’accompagnement. Bernadette a été accueillie très concrètement. Des messieurs sont venus aménager le terrain L’accueil est très important dans tout l’ancien testament, une civilisation de l’accueil. Jésus répète « qui accueille un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. » À travers nos relations concrètes, c’est Dieu que nous accueillons. Au cœur de l’expérience de tout pèlerin !

Le regard. Bernadette a croisé le regard de la Dame. « Jésus posa son regard sur lui (le jeune homme riche) et le mit à l’aimer. » Le regard exprime quelque chose de la personne, de son âme. Ce regard est important dans nos relations d’hospitaliers, d’hospitalières. Il n’y a rien de plus humiliant que de ne pas être regardé. Nous n’existons pas si personne ne nous regarde.

Le sourire. Bernadette a été très marquée par le sourire de la Vierge Marie. C’est une attitude simple qui consiste à montrer ce qu’il y a dans son cœur, sourire de complicité, de bienveillance. Par son sourire, Marie rend présent son Fils Jésus-Christ entre Bernadette et elle-même. Ce sourire que Marie va utiliser comme une sorte d’arme quand Bernadette dit quelque chose d’imprécis, de faux. Marie, alors, commence par un sourire, attitude de miséricorde.

La salutation de la Ste Vierge. Celle-ci s’inclinait devant Bernadette, avec respect et complicité. Bernadette elle-même s’est inclinée de nombreuses fois devant la Vierge Immaculée. Non seulement Marie s’inclinait devant Bernadette, mais elle s’inclinait également au moment du « gloria » final d’une dizaine. En tant que catholique, disciple du Christ, on ne s’inclinera jamais assez dans notre vie quotidienne comme dans un pèlerinage. On montre ainsi à l’autre l’importance qu’il a à nos yeux.

Le silence fait partie de la relation de Marie à Bernadette, pas seulement parce que les deux premières apparitions et l’ultime, sont silencieuses. Mais parce que le silence précède chaque parole. Il faut faire silence pour s’entendre les uns les autres. À plus forte raison, pour la Parole de Dieu. Le silence matériel prépare et ouvre le silence spirituel.

La souffrance va être une expérience forte pour Bernadette. A la première apparition, elle fait l’expérience du ventre creux. Elle souffre également de ne pas être admise à la communion. Par la souffrance de la croix, Bernadette est renvoyée à son baptême. Sa souffrance devient le lieu du passage de sa condition de souffrante au royaume de Dieu. Elle a offert sa souffrance pour la conversion des pécheurs. L’Église dénonce la souffrance en encourageant tout ce que l’on peut faire contre la souffrance. Mais le premier soulagement de la souffrance, c’est l’amour, la force de l’amour. Nous avons une capacité à aimer qui permet d’alléger et même de transformer la souffrance de qui souffre.

Le service était loin d’être étranger à Bernadette. Parce qu’elle était fille aînée. De plus, par nature, elle est serviable. Elle aime servir les autres. L’hospitalier donne sa vie, perd son temps, donne sa force pour l’autre. Et voici qu’à travers ce service, il accueille l’autre dans sa réalité, il est malade, handicapé, sur un fauteuil. Le malade lui aussi à sa façon donne sa vie pour celui qui l’accompagne. »

Un autre moment d’échange a eu lieu :

Bernadette se confessait souvent. Mais que pouvait-elle dire ? – Qui se confesse le plus souvent ? Les pécheurs ou les saints ? Les saints. Dans un ciel tout bleu, si apparaît un tout petit nuage, le ciel n’est plus bleu. Pour nous, un péché en cache un autre. La confession n’est pas seulement tourné vers le passé, elle est tournée vers l’avenir, car la grâce du pardon de Dieu nous aide à moins pécher, nous rend plus fort face à la tentation. La confession en plusieurs fois nous révèle notre péché. Lourdes est un lieu où il est facile de se confesser.

Confession individuelle ou communautaire ?Il n’y a qu’un rituel, celui de la confession individuelle. L’amour de Dieu est donné gratuitement dans ce sacrement.

Comment être dans le service et en même temps, pèlerins ? -Les hospitaliers sont dans une expérience tellement forte qu’ils ne peuvent pas être dans le seul service. Ils sont dans le témoignage quotidien. L’hospitalier fait son service au nom du Christ et pour le Christ. Si ces mêmes gestes sont faits déconnectés du Christ, ce n’est plus la même chose. Les hospitaliers n’ont pas le monopole du service des personnes malades ou âgées. C’est l’Église institutionnelle qui a rendu ce service. Les missionnaires quittant la Vendée pour l’autre bout du monde ont commencé par fonder un dispensaire, puis une école, puis une église. Le dispensaire est devenu hôpital, l’école université, l’église cathédrale.

Le lien qu’il y a entre pèlerin et hospitalier, en Mt 25, c’est faire œuvre de miséricorde. Si nous sommes pèlerins certains jours et hospitaliers d’autres jours, cela ne fonctionne plus. On assume complètement la suite du Christ dans ces deux attitudes. Il y a une réciprocité : des malades peuvent vous accompagner spirituellement. Quand on est pèlerin de Lourdes, on se laisse toucher, émerveiller, et cela on ne peut pas ne pas le partager. C’est dans la mesure où nous serons des pèlerins authentiques que nous serons pleinement hospitaliers.

Thérèse Trotin et Laurence Després, avec un grand merci au père Jean Bondu pour sa participation.